Le RIS — ratio d'intervenants secouristes — est le chiffre qui décide seul si votre événement doit disposer d'un dispositif prévisionnel de secours, et de quelle taille. Il tient dans une formule d'une ligne, mais chacune de ses quatre variables se cote sur une grille précise, et une erreur d'un cran sur un seul indicateur peut faire basculer un événement d'un poste à deux secouristes à un dispositif de douze.
Ce guide reprend la méthode de calcul telle qu'elle figure au référentiel national relatif aux dispositifs prévisionnels de secours (arrêté du 7 novembre 2006), indicateur par indicateur, avec les coefficients officiels et trois exemples chiffrés complets. Pour le cadre général du dispositif — qui peut l'assurer, ce qu'il contient —, voir notre guide sur le dispositif prévisionnel de secours (DPS).
À quoi sert exactement le RIS ?
Le RIS traduit le niveau de risque d'un rassemblement en nombre de secouristes. Il ne mesure pas la dangerosité intrinsèque d'un événement, mais la probabilité qu'un incident nécessitant une prise en charge survienne, pondérée par la difficulté à y répondre.
C'est une valeur prévisionnelle : elle se calcule en amont, à partir de l'affluence attendue, et sert de base à la convention passée entre l'organisateur et l'association agréée de sécurité civile. Elle figure au dossier de sécurité déposé en mairie ou en préfecture, et l'autorité de police peut demander à en vérifier les hypothèses.
Un point souvent mal compris : le RIS dimensionne le dispositif pour le public. Les participants d'une compétition sportive relèvent d'un dimensionnement distinct, généralement imposé par la fédération délégataire, avec un poste de secours séparé.
Quelle est la formule officielle du RIS ?
La formule tient en une ligne :
RIS = i × P ÷ 1 000, avec i = P2 + E1 + E2
Quatre variables, dont trois se cotent sur une grille à quatre niveaux :
| Variable | Ce qu'elle mesure | Valeurs possibles |
|---|---|---|
| P | Effectif pondéré du public présent simultanément | Nombre de personnes |
| P2 | Comportement prévisible du public | 0,25 / 0,30 / 0,35 / 0,40 |
| E1 | Environnement et accessibilité du site | 0,25 / 0,30 / 0,35 / 0,40 |
| E2 | Délai d'intervention des secours publics | 0,25 / 0,30 / 0,35 / 0,40 |
L'indice total de risque i varie donc mécaniquement entre 0,75 (tout au minimum) et 1,20 (tout au maximum). Autrement dit : entre l'événement le moins risqué et le plus risqué à effectif égal, le dispositif varie d'un facteur 1,6. Alors qu'entre 500 et 5 000 personnes, il varie d'un facteur 10.
C'est l'effectif qui pilote le calcul. Les trois indices de risque l'ajustent à la marge. Cette asymétrie est la raison pour laquelle la fiabilité du chiffre d'affluence compte plus que la finesse de la cotation des risques.
Comment déterminer l'effectif pondéré du public (P) ?
P n'est pas le nombre total de personnes venues sur la journée. C'est l'effectif maximal présent simultanément sur le site.
La distinction est décisive. Une brocante qui accueille 4 000 visiteurs sur une journée mais dont le pic de présence simultanée plafonne à 2 500 personnes se calcule sur 2 500, pas sur 4 000. À l'inverse, un concert dont tout le public arrive et repart ensemble a un pic égal à son effectif total.
La pondération n'intervient qu'au-delà de 100 000 personnes :
- si P1 ≤ 100 000, alors P = P1 ;
- si P1 > 100 000, alors P = 100 000 + (P1 − 100 000) ÷ 2.
Pour la quasi-totalité des événements, P est donc simplement le pic d'affluence simultanée attendu. Reste à l'estimer honnêtement : notre guide sur la manière d'estimer le nombre de personnes dans une foule détaille les méthodes de calcul par densité, et celui sur la façon de prévoir l'affluence d'un événement traite du cas des éditions successives.
Comment coter le comportement prévisible du public (P2) ?
P2 traduit une réalité de terrain : un public assis génère peu d'incidents et reste accessible aux secours ; un public debout, dense et en mouvement multiplie les malaises, les chutes et les difficultés de progression.
| Niveau | Activité du rassemblement | P2 |
|---|---|---|
| Faible | Public assis : spectacle, cérémonie, réunion, restauration, sport | 0,25 |
| Modéré | Public debout : cérémonie, réunion, restauration, foire, salon | 0,30 |
| Moyen | Public debout : spectacle, fête foraine, événement sportif avec protection du public | 0,35 |
| Fort | Public debout dynamique : spectacle avec public en mouvement, danse, féria, carnaval, spectacle de rue, parade, événement sportif sans protection du public — ou événement sur plusieurs jours avec présence permanente et hébergement sur site | 0,40 |
En cas de doute entre deux niveaux, la règle est de retenir le plus élevé. Attention aux événements hybrides : un festival avec zone assise et fosse debout se cote sur la configuration la plus contraignante, pas sur une moyenne.
Comment coter l'environnement et l'accessibilité (E1) ?
E1 mesure la difficulté physique à atteindre une victime et à l'évacuer. Les critères sont concrets : nature des structures, surface, distance de brancardage, pente.
| Niveau | Caractéristiques du site | E1 |
|---|---|---|
| Faible | Structures permanentes (bâtiment, salle en dur), voies publiques avec accès dégagé, conditions d'accès aisées | 0,25 |
| Modéré | Structures non permanentes (gradins, tribunes, chapiteaux), espaces naturels ≤ 2 ha, brancardage de 150 à 300 m, terrain en pente sur plus de 100 m | 0,30 |
| Moyen | Espaces naturels de 2 à 5 ha, brancardage de 300 à 600 m, terrain en pente sur plus de 150 m, autres conditions d'accès difficiles | 0,35 |
| Fort | Espaces naturels > 5 ha, brancardage sur plus de 600 m, pente sur plus de 300 m, talus, escaliers, voies non carrossables — ou progression des secours rendue difficile par la présence du public | 0,40 |
Deux règles de lecture importantes. D'abord, une seule condition remplie dans un niveau supérieur suffit à retenir ce niveau : un site en dur de 500 m² avec un brancardage de 400 m se cote 0,35, pas 0,25. Ensuite, le dernier critère du niveau fort — « progression des secours rendue difficile par la présence du public » — dépend directement de la densité de foule le jour J, sujet traité dans notre guide sur la densité de foule et la sécurité.
Comment coter le délai d'intervention des secours publics (E2) ?
E2 est le délai d'arrivée des secours publics au point le plus éloigné du site, depuis le centre de secours le plus proche disposant d'une ambulance (VSAV de type C, norme NF EN 1789).
Le référentiel donne une méthode de calcul forfaitaire :
- 5 minutes de départ si le centre dispose d'une garde casernée, 10 minutes sinon ;
- + 1 minute par kilomètre jusqu'au point le plus éloigné du site.
Si une ambulance de sapeurs-pompiers est présente préventivement sur le site, on retient son propre délai d'accès au point le plus éloigné.
| Niveau | Délai d'intervention | E2 |
|---|---|---|
| Faible | ≤ 10 min | 0,25 |
| Modéré | 10 à 20 min | 0,30 |
| Moyen | 20 à 30 min | 0,35 |
| Fort | > 30 min | 0,40 |
Exemple de calcul : centre sans garde casernée situé à 12 km du point le plus éloigné du site → 10 + 12 = 22 minutes, soit E2 = 0,35.
Quel dispositif pour quelle valeur de RIS ?
| Valeur du RIS | Dispositif requis | Composition indicative |
|---|---|---|
| ≤ 0,25 | Aucune obligation — appréciation de l'autorité de police | — |
| 0,25 à 1,125 | PAPS (point d'alerte et de premiers secours) | 2 secouristes |
| 1,125 à 12 | DPS de petite envergure | 1 poste de secours, 4 à 12 secouristes |
| 12 à 36 | DPS de moyenne envergure | 2 à 3 postes, 12 à 36 secouristes + logisticiens |
| > 36 | DPS de grande envergure | Au moins 4 postes sur 2 secteurs, plus de 36 secouristes |
Ces seuils constituent un plancher réglementaire. Le maire ou le préfet peut toujours exiger un dispositif renforcé au vu du contexte : météo annoncée, niveau Vigipirate, antécédents du site, configuration particulière des accès.
Trois exemples de calcul détaillés
Bal de la fête communale, 800 personnes
Place du village en dur, public debout dansant, centre de secours avec garde casernée à 7 km.
- P = 800 (pic simultané)
- P2 = 0,40 (danse, public dynamique)
- E1 = 0,25 (place en dur, accès dégagé)
- E2 = 0,30 (5 + 7 = 12 min)
- i = 0,40 + 0,25 + 0,30 = 0,95
- RIS = 0,95 × 800 ÷ 1 000 = 0,76 → PAPS
Si le pic réel atteint 1 500 personnes au lieu des 800 annoncés, le RIS passe à 1,425 : l'événement bascule en DPS de petite envergure, avec au minimum quatre secouristes et un poste de secours. Le dispositif prévu devient non conforme en cours de soirée, sans que personne ne s'en aperçoive.
Concert assis en salle, 1 200 personnes
- P = 1 200, P2 = 0,25 (assis), E1 = 0,25 (salle en dur), E2 = 0,25 (8 min)
- i = 0,75
- RIS = 0,75 × 1 200 ÷ 1 000 = 0,90 → PAPS
À effectif rigoureusement identique, le même public debout et dynamique, sur une prairie de 3 hectares, avec des secours à 22 minutes : i = 0,40 + 0,35 + 0,35 = 1,10, soit un RIS de 1,32 et un DPS de petite envergure. Même nombre de personnes, dispositif deux fois plus lourd.
Festival plein air, 12 000 personnes
Chapiteaux et structures démontables, public debout dynamique, secours à 15 minutes.
- P = 12 000, P2 = 0,40, E1 = 0,30, E2 = 0,30
- i = 1,00
- RIS = 1,00 × 12 000 ÷ 1 000 = 12,0 → DPS de petite envergure (limite haute)
Ce cas illustre la sensibilité du calcul au seuil : à 12 100 personnes, le RIS passe à 12,1 et l'événement bascule en moyenne envergure — deux à trois postes de secours et jusqu'à 36 secouristes. Un écart de 100 personnes sur 12 000, soit moins de 1 %, change de catégorie de dispositif.
Pourquoi l'effectif est le maillon faible du calcul
Les trois indices de risque se cotent à partir d'éléments objectifs et vérifiables : la surface du site se mesure, la distance au centre de secours se calcule, la nature du public se déduit de la programmation. Ils ne prêtent guère à contestation.
L'effectif, lui, repose sur une prévision. Et pour un événement gratuit sans billetterie — fête communale, feu d'artifice, marché de Noël, fan zone —, cette prévision n'est confrontée à aucune mesure le jour J. Trois conséquences pratiques :
- Un dispositif sous-dimensionné passe inaperçu. Personne ne sait, en temps réel, que l'affluence a dépassé l'hypothèse retenue au dossier.
- L'organisateur ne peut rien prouver après coup. En cas d'incident, l'écart entre l'effectif déclaré et l'effectif réel est au cœur de l'analyse des responsabilités.
- L'édition suivante repart d'une estimation, pas d'une donnée. Le RIS de l'année N+1 se recalcule sur le même chiffre approximatif.
La parade est simple et ne demande aucun matériel : un comptage manuel centralisé. Un agent posté à chaque accès enregistre entrées et sorties depuis son smartphone, l'occupation simultanée se calcule automatiquement, et une alerte se déclenche au franchissement d'un seuil défini à l'avance — par exemple le pic d'affluence sur lequel le RIS a été calculé.
C'est précisément la fonction de Passcal, un logiciel de comptage de visiteurs conçu pour les événements grand public sans billetterie. L'organisateur voit son occupation en direct, sait à quel moment il approche l'hypothèse de dimensionnement de son DPS, et dispose ensuite d'un rapport de fréquentation horodaté qui documente le pic réel — pour l'assureur, pour la préfecture, et pour recalculer le RIS de l'édition suivante sur une donnée plutôt qu'une intuition.
Quelles sont les erreurs de calcul les plus fréquentes ?
- Confondre effectif cumulé et pic simultané. Compter les 4 000 visiteurs d'une journée au lieu des 2 500 présents en même temps surdimensionne inutilement le dispositif — et son coût.
- Coter le comportement du public sur la configuration la plus favorable. Un événement qui commence assis et finit debout se cote debout.
- Oublier qu'un seul critère suffit pour E1. Le brancardage de 400 mètres depuis un parking éloigné fait basculer un site en dur au niveau moyen.
- Retenir la distance à vol d'oiseau pour E2. Le calcul se fait sur le trajet réel jusqu'au point le plus éloigné du site, pas jusqu'à l'entrée principale.
- Traiter le RIS comme un plafond. Il fixe un minimum réglementaire ; l'autorité de police reste libre d'exiger davantage.
- Ne pas recalculer après un changement de programmation. Ajouter une soirée dansante ou déplacer la scène modifie P2 ou E1 — donc le dispositif.
Ce qu'il faut retenir
- RIS = (P2 + E1 + E2) × P ÷ 1 000, où P est l'effectif maximal simultané, pondéré uniquement au-delà de 100 000 personnes.
- Les trois indices de risque valent chacun 0,25 / 0,30 / 0,35 / 0,40, ce qui borne l'indice total entre 0,75 et 1,20.
- Le DPS devient obligatoire au-delà de 0,25, avec quatre catégories : PAPS, petite, moyenne et grande envergure.
- En cas de doute sur un indicateur, la règle est de retenir le niveau supérieur ; pour E1, un seul critère rempli suffit.
- L'effectif est la variable dominante : à site et public identiques, il fait varier le dispositif proportionnellement, quand les indices de risque ne jouent qu'à 60 % près.
- Sur un événement sans billetterie, seul un comptage réel permet de vérifier l'hypothèse d'effectif retenue et de la documenter après coup.
Pour le dimensionnement de la jauge événementielle et le cadre déclaratif complet, voir nos guides sur la jauge et sur la manière de déclarer un événement en préfecture. Pour les méthodes de comptage sans contrôle d'accès, notre guide dédié : compter les visiteurs sans billetterie.
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